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MessagePosté: 23 Jan 2021 19:03 
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Superbe récit, vraiment prenant et passionnant surtout quand on connait le lieu.
Merci pour tant de partage.

_________________
Ludovic
^___^
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MessagePosté: 23 Jan 2021 22:22 
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:hello: Merci Ludo ! J'essaie ici, en m'appuyant sur mes reconnaissances de terrain, tentatives avortées de traversée, traversées, de rembourser un peu Georges Véron, qui a consacré des milliers d'heures à parcourir les Pyrénées pour nous livrer la partition que nous avons ou projetons d'interpréter sur le terrain. Chacun de nous peut, à sa manière, contribuer à illustrer son oeuvre avec des images ou des anecdotes que Jean-Robert, l'initiateur de cet hommage collectif, s'attachera à organiser en bouquet.


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MessagePosté: 24 Jan 2021 11:57 
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Hospice de Viella – Refuge de la Restanque
par les lacs de Rius et l’Estan del Mar

Pour les amateurs de lacs, les Pyrénées sont un paradis et cette étape a de quoi les étonner encore. Si l’émerveillement n’est pas au rendez-vous, ne le reprochez pas au lac de Rius ni à l’Estany Tort ni à l’Estan del Mar, que Georges Véron considère comme un des plus beaux. Par souci de ne pas trop me répéter, je m’efforce de limiter mes exclamations, mais pour l’enfant campagnard, que je suis un peu resté, les lacs comme les pics et les ravins représentent la montagne avec un M géant. Pour qui n’avait jamais vu que de petites mares, où les vaches s’enfonçaient dans un demi-mètre de vase pour boire et se rafraîchir le ventre, la découverte du lac d’Orédon, à l’occasion d’un voyage scolaire, fut un éblouissement fondateur. Plus tard, on compare, on soupèse, on préfère, mais le premier contact avec la pureté et la beauté des eaux, jamais on ne l’oubliera, sans comprendre qu’elles agrandissaient le ciel.
Le charme, disait Michèle Morgan, aux yeux de lacs, c’est 25 % de ce que vous avez et 75 % de ce que les autres ajoutent. Devant le lac de Rius, il faut inverser les proportions, me semble -t’il.
Sans ton topo, cher Georges, peut-être n’aurais-je jamais rencontré dans leur écrin de granit ces beautés là et j'en serais amoindri !
A trop regarder ces lacs vivants, on en oublierait presque de lever les yeux sur les arêtes élancées de Tumeneja, le massif Besiberri, le vigilant Montarto d’Aran. Ce serait une perte irrémédiable, car aucune photographie ne pourra rendre compte de l’énergie des rocs, des humeurs des lacs, des ambiances des lieux. Compter sur la photo pour connaître la montagne, c’est confondre une table d’orientation avec son panorama !

Enfin, l’anecdote du jour (6/7/1974) pour illustrer :

« Une large piste m'emmène à flanc vers ce que je crois être le port de Rius. La chaleur est éprouvante et je ruisselle de sueur. Sans crier gare, la piste m'abandonne devant un tas de déblais. Où peut bien se trouver le sentier ? J'essaie, en vain, de trouver un prolongement: Pas de sentier ! A moi de créer mon passage... Les sapins rabougris, les rododhendrons tordus, les genévriers rampants, les herbes glissantes, les rochers lisses, les ruisselets suintants se donnent la main pour gêner ma progression. Je contourne, j'escalade, je glisse, je descends, je remonte...je m'épuise dans ce terrain, à la merci des vipères.
Enfin, un sentier, plus ou moins empierré, finit par m'emporter vers une sorte de col, peut-être le port de Rius ? J'arrive fatigué, moralement épuisé, à ce col d'où l'on devrait voir le lac de Rius, une des perles du massif des Encantats. Une petite mare sale m'accable. Quelques cris d'enfants me font avancer mécaniquement de quelques mètres encore, dans l'espoir d'être renseigné. C'est alors qu'éclate, à mes yeux éblouis, le bleu marine d'un magnifique lac enchassé dans le granit fauve. De petites îles et presqu'îles viennent rehausser la limpidité des eaux. Je ne doute plus d'être devant le lac de Rius, et l'altimètre m'approuve. Un touriste happé au passage, pour une vérification de routine, me confirme la bonne nouvelle. Coeur content, je plonge vers la rive pour me rafraichir. Je suis heureux, émerveillé, prêt à éclater de joie. »


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MessagePosté: 25 Jan 2021 20:14 
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Refuge de la Restanque- Salardu
par le port de Caldas

Pour illustrer cette 27ème étape Véron, peut-être devrais-je me limiter à partager ces quelques lignes datant de 1989, qui témoignent de la persistance de ma sensibilité à la beauté du monde, malgré ou à cause de la fatigue accumulée durant la trentaine d’heures précédentes avec moins d’ une heure de sommeil.
« Le manque d’ombre, les limites de l’appétit et des vivres, la distance à parcourir, me lancent dans la montée du port de Goellicrestada. Il fallait peut-être tous ces lacets raides et brûlants pour recevoir le splendide baiser du lac de Cap-de-Port. Son bleu profond m’inonde, et je m’arrache à regret à la contemplation. L’image du souvenir ne pourra jamais rivaliser avec cette apparition. Un morceau de paradis terrestre est resté là, intact dans son écrin de verdure. Le rocher et l’herbe se disputent ces montagnes contrastées, qui offrent tour à tour figues sèches et salades vertes au regard enchanté. L’eau coule joliment en petits ruisseaux d’argent pour s’étaler en somptueux miroirs où le ciel vient se mirer. Des points d’exclamation encore dans le coeur pour saluer les lacs suivants, celui de Los Mangados en particulier. »
En principe, la capacité d’émerveillement, n’étant pas un ressort élémentaire, devrait refluer sous l’impact de la fatigue, or c’est le contraire que je constate. Victor Frankl, le père de la logothérapie, avait noté que les survivants des camps de la mort n’étaient pas les plus robustes, mais ceux qui parvenaient à s’émerveiller d’un coucher de soleil. Comme si ce rapport à la nature constituait le recours ultime pour survivre en milieu hostile. Pierre Amoyal, célèbre violoniste, déclarait aussi que la fragilité pouvait devenir une grande force, ce qui recoupe mon expérience de 1974, où mon inexpérience et mes faiblesses m’ont finalement procuré des joies démesurées. De quoi tordre le nez devant les propositions de stages type commando !
Autre élément de témoignage :
Quand j’atteins la piste menant à Salardu, qui dixit Véron « semble interminable » (au point de proposer de faire du Stop !) je suis rincé, il ne reste rien du fringant marcheur qui, un jour plus tôt à six heures du matin, s’élançait ultra-allégé du refuge du Portillon. Je ne compte plus les heures, ni les dénivelés, ni la distance, j’avance comme un somnambule, décapé jusqu’à l’os par la succession d’épreuves physiques, ravagé par le stress, résolu à terminer coûte que coûte cette étape démentielle. Je ne me souviens plus qu’il reste treize kilomètres à parcourir, sept cents mètres de dénivelé à perdre, trois heures de marche, au bas mot. Instinctivement, j’ai retrouvé la marche rampante de survie, découverte aux Moulières.
Soudain, cet accablement cesse, remplacé par un état de grâce incroyable, qui efface tout, renouvelle la marche. Il a suffi d’une touffe d’oeillets sauvages pour, instantanément recharger mes batteries épuisées. Les fleurs me sont entrées dans le coeur, enfin façon de parler, car je ne sais plus où sont les limites de mon corps ni celles du monde extérieur. Leur beauté, leur fraîcheur m’ont envahi, submergé, nettoyé de mes raideurs, de mes douleurs, de mon immense lassitude et me jettent en avant doté de forces neuves. Puis, ce sont les églantiers et les noisetiers qui prennent le relai pour me porter léger jusqu’au village.
Comment expliquer ce phénomène ? Les rationalistes penseront que le cerveau a déclenché une sécrétion exceptionnelle d’ocytocine pour combattre la surcharge d’acide lactique. Les mystiques y verront la manifestation de forces irrationnelles… Un ami psychiatre parlait « d’expérience des sommets », inoubliable, mais risquant d’induire une dépendance dangereuse pour la santé mentale, en clair, une sorte de délire. Plus de trente ans plus tard, j’en aime toujours les séquelles.
Bien que je ne sois ni fumeur de moquette, ni fan de culture ésotérique, cette expérience m’a profondément marqué. Seul le recours au doute systématique m’empêche de conclure.
En 1968, ayant repéré ma réticence à croire l’inexpliqué, le sourcier que je véhiculais à travers le Pays Basque, après le tremblement de terre d’Arette, m’avait offert sa petite fourche de coudrier et expliqué sa tenue. Quel confort pour moi de constater son immobilité ! Alors le sourcier avait pris mes poignets dans ses mains, et la baguette s’était mise à tourner. Comme je cherchai à l’en empêcher en la serrant de toute mes forces, elle s’était déchirée. Un premier ébranlement de ma raison raisonnante. Depuis, j’en connus d’autres, parmi lesquelles celle de l’interminable piste, ici contée, occupe une grande place.


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MessagePosté: 26 Jan 2021 20:04 
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Salardu – Montgarri
par le pla de Beret

Georges Véron présente ce parcours comme une étape de transition et de récupération, ce qui s’avère judicieux dans le cas d’une traversée des Pyrénées en continu.
Pour ma part, à titre d’illustration, cet extrait de 1989 :
« De pittoresques forêts composent une symphonie de verdures au flanc des montagnes bleutées. Certes, il ne s’agit pas d’un parcours de crête, comme le dénonce le fier Mont Vallier, injustement délaissé, mais quel charme varié tout au long de cette riante vallée ! Cette perle ajoutée au collier de la traversée mérite bien sa place en bordure des sauvages montagnes ariégeoises. La moyenne montagne est affaire de gourmet. »
La Haute Randonnée Pyrénéenne mélange subtilement des moments de marche d’intensité variable, qui modulent les émotions jusqu’au fond des mémoires. S’éloigner des sommets permet parfois de mieux les voir, mais les randonneurs venant de la Méditerranée profiteront mieux de la vue de l’Aneto, qu’ils approchent, que ceux venant de l’Atlantique, qui lui tournent le dos. Par contraste, depuis ces vastes et paisibles pâturages, la haute montagne apparaît plus sévère.
Entendre sonner la cloche mélancolique de l’église du Sanctuaire de Montgarri est un privilège rare qui vous propulse entre terre et ciel, neuf siècles en arrière !


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MessagePosté: 27 Jan 2021 09:20 
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Bourdon a écrit:
Salardu – Montgarri
par le pla de Beret

Sanctuaire de Montgarri

:hello: :hello:
A défaut d'une réparation spirituelle...
nous y avions vécu une réparation gastronomique...
par un fastueux repas et que dire du petit déjeuner...divin..
nous préparant ainsi au mieux à celui des Estagnous...

et par une scéance de collage de semelle voulant absolument se détacher de la chaussure...
la colle vendue à Salardu étant très efficace (détail pratique...)
une réparation...plus technique....mais qui a sauvé les jours suivants...
sans doute les bonnes ondes du lieu...


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MessagePosté: 27 Jan 2021 12:27 
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dinosaure a écrit:
Bourdon a écrit:
Salardu – Montgarri
par le pla de Beret

Sanctuaire de Montgarri

:hello: :hello:
A défaut d'une réparation spirituelle...
nous y avions vécu une réparation gastronomique...
par un fastueux repas et que dire du petit déjeuner...divin..
nous préparant ainsi au mieux à celui des Estagnous...

et par une scéance de collage de semelle voulant absolument se détacher de la chaussure...
la colle vendue à Salardu étant très efficace (détail pratique...)
une réparation...plus technique....mais qui a sauvé les jours suivants...
sans doute les bonnes ondes du lieu...



Oui Kim le gardien de Montgarri sait recevoir copieusement et ses viandes cuites dans la cheminée redonnent du tonus au montagnard ; Stéphane et son compère aux Estagnous ne sont pas en reste et avec du bon vin !

_________________
" quand la montagne vous a pris votre âme , tout vient d'elle et tout vous ramène à elle "
Franz Schrader

http://montcalm.over-blog.com


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MessagePosté: 27 Jan 2021 13:40 
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:hello: Merci Dino et Jean-Robert pour ces croustillantes anecdotes, qu'aurait appréciées l'ami Georges, doté d'un sacré coup de fourchette.
A noter, afin de prévenir toute amorce de pèlerinage, source d'affluence potentiellement nocive pour l'environnement, que la qualité acoustique de la cloche de Montgarri n'a pas, selon ma propre expérience, le pouvoir magique de transformer un mécréant en fou de Dieu.


Dernière édition par Bourdon le 27 Jan 2021 14:41, édité 1 fois.

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MessagePosté: 27 Jan 2021 14:39 
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Montgarri – Salau
par le port de Salau

Cet itinéraire, qui feinte le site de l’Etang Rond et du Mont Valier n’est cité par Georges Véron que comme solution de secours. Si je l’ai adopté, c’est en raison de ma méconnaissance de ces lieux réputés rudes et complexes. Echaudé par les difficultés d’orientation au Pays Basque, malgré de multiples reconnaissances, je ne voulais pas m’aventurer seul plus que nécessaire dans ces Pyrénées ariégeoises inconnues. D’où l’emprunt de ce raccourci qui ne manque pas de charme.
J’ai souvent parlé de recherche d’accord avec la montagne, qui est affaire de présence sensorielle au terrain, à l’environnement, aux ambiances. Mais la traversée des Pyrénées en continu laisse beaucoup de temps pour gambader intérieurement. Ainsi, cheminer sur la longue piste descendant vers Alos de Isil, ce n’est pas seulement sentir les irrégularités du terrain, recevoir les douceurs des verts pâturages, la fraîche caresse imprévue d’un filet d’air, s’enchanter de l’élan et du courage d’une forêt… c’est ré-entendre sonner la cloche de Montgarri, aujourd’hui muette, ou le sifflet d’une infinie tristesse dans le petit matin d’une autre montagne, retrouver la musique d’un torrent, et revenir soudainement dans l’ici et maintenant après avoir trébuché sur une pierre instable, suivre à nouveau d’autres bulles survenues du fond de la mémoire avant de s’immerger dans le paysage au point de se perdre de vue et de s’éveiller subitement à l’entrée d’un village qui paraît s’esclaffer de l’erreur d’itinéraire.
L’enfant, que porte en lui tout marcheur solitaire, à la moindre inattention, part vagabonder et butiner librement à travers le temps et l’espace, tout oublieux des contingences. Après la fugue, il faut revenir sur ses pas pour trouver ce foutu gué cimenté, point de repère non repéré, qui ne s’est pas montré à temps.

Pour la note locale, ce court extrait datant de 1989 :
« Le soleil joue sa partition au milieu de brumes menaçantes, qui parviennent à me confisquer le
point de vue avant le Port de Salau.
Pour rejoindre le village ariégeois de Salau, il suffit de descendre, de descendre, de descendre
...de suivre le profond entonnoir de la vallée. Auprès d’une cabane, un ânon minuscule s’étonne de voir sa mère se rouler sur le dos, sans égards pour les touristes qui montent en peinant.
Le vent, resté accroché au col, n’empêche plus la chaleur de cuire. »


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MessagePosté: 27 Jan 2021 18:38 
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Bourdon a écrit:
Montgarri – Salau
par le port de Salau

Cet itinéraire, qui feinte le site de l’Etang Rond et du Mont Valier n’est cité par Georges Véron que comme solution de secours. Si je l’ai adopté, c’est en raison de ma méconnaissance de ces lieux réputés rudes et complexes. Echaudé par les difficultés d’orientation au Pays Basque, malgré de multiples reconnaissances, je ne voulais pas m’aventurer seul plus que nécessaire dans ces Pyrénées ariégeoises inconnues. D’où l’emprunt de ce raccourci qui ne manque pas de charme.

:hello: :hello:
c'était sans doute sage....
nous on y est passé en suite....sur ce fameux itinéraire, et avec un temps magnifique...
mais avec un serrement au coeur....
très longtemps avant j'avais été sans le vouloir....
l'instrument d'un destin tragique...
en prêtant à des grenoblois qui faisait la traversée mon topo de la HRP acheté à Véron par correspondance...(2ème édition)...
mauvais temps....mauvais couloir emprunté par erreur...chute...un mort...


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MessagePosté: 27 Jan 2021 20:40 
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Editer un topo sur la HRP suppose une compétence et un sens des responsabilités hors du commun. Autant, Georges Véron était un fonceur en montagne, autant il était prudent pour les autres. Il ne voulait pas que ses descriptions puissent prêter à confusion ni que son minutage engendre des retards dangereux. Sept ans après sa traversée, il vérifiait encore sur le terrain ses formulations et les minutages proposés. Je le revois encore tordre le nez devant le décrochage de la crête du Zazpigagn pour prendre pied sur le Pic d'Orhy. "ça ne me plaît pas, il y en aura toujours qui liront en diagonale ou ne le verront pas et s'engageront tout droit !", pressentant les accidents à venir.
Nos discussions parfois ne manquaient pas de sel ! Nous: "Laisser à droite..." Lui: ça dit bien passer à gauche, non ! Nous: "Pas si le randonneur a cru lire passer à droite..."


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MessagePosté: 28 Jan 2021 09:44 
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:hello: :hello:
Montgarri - Estagnous fait partie de
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c'est donc maintenant balisé, moins difficile que la suivante, et à ne pas prendre à la légère notamment faire attention au névé descendant vers l'étang long...
Véron faisait passer au sud de celui ci pour avoir fréquenté les deux rives la nord est balisée sécurisée et finalement plus courte que l'autre..

Estagnous - Salau c'est celle ci à ne faire qu'avec du beau temps...
Anecdote...
On est partis des Estagnous assez tôt....mais bien sur pas seul vers le col faustin et le Valier...
devant nous un petit groupe avec devant un péroreur de première....pas possible de les semer...ils avaient un bon rythme on est donc restés derrière....
au col un seul regard nous a suffit...on avait déjà gravi chacun de son coté le Valier...alors tant pis...on a fait une croix dessus....le type était tellement imbuvable qu'il nous aurait gâché le sommet...
on s'est "consolés" en montant sur la Pale de la Clauère on en avait discuté la veille avec le gardien qui nous avait dit que ça montait comme un escalier....en effet à peine un peu les mains...et du sommet ça descend en pente douce au col frontière au sud où l'on retrouve la sente qui ramène sur l'itinéraire normal....
si Véron parle du piolet sur les pentes sous le col de tindareille ce n'est pas pour rien...attention à de la rosée matinale...
et le Valier...et bien...on y est revenus par la crête des Antiques....là...c'est calme...


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MessagePosté: 28 Jan 2021 12:07 
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dinosaure a écrit:
si Véron parle du piolet sur les pentes sous le col de tindareille ce n'est pas pour rien...attention à de la rosée matinale...
et le Valier...et bien...on y est revenus par la crête des Antiques....là...c'est calme...


:hello: Merci dino pour l'actualisation des connaissances de terrain et tes discrètes mises en garde. Fraternité en actes !
C'est vrai que l'herbe humide ou sèche sur de fortes pentes est potentiellement un piège discret, d'autant plus redoutable qu'il est moins redouté que des éboulis croulants lanceurs d'alerte.
A propos du piolet, un petit commentaire perso: L'évolution des tailles et des formes nécessitent des apprentissages spécifiques. Par exemple, entreprendre une ramasse sur névé pentu avec un ancien piolet canne long ou avec un piolet ancre moderne court n'est pas la même chose en matière de prise et de position corporelle et surtout en cas de chute. Les bâtons remplacent aujourd'hui le piolet pour marcher, mais ce ne sont plus les mêmes outils, modes d'emploi, et plages d'utilisation. Surtout éviter d'emporter le piolet magique, celui qui dispense d'apprendre à s'en servir !


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MessagePosté: 28 Jan 2021 12:10 
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Salau – Etang de la Hillette
par le col de Cruzous et le port de Marterat.

Dans ses topos, en préambule de sa 31ème étape, Georges Véron écrit «  Etape longue, pénible, presque toujours hors sentier et par suite très difficile à réussir quand le temps n’est pas favorable. La variante Salau-Noarre est plus courte et nettement plus aisée »...« Etant donné la longueur de cette rude étape, il est même avantageux de se faire monter en voiture jusqu’à cette mine, distante de 4 km. »
A travers ces présentations, on devine que ce parcours n’est pas de la tarte et que Véron n’est pas amateur de marche sur route de montagne.
Pour ma part d’expérience en 1974, ces lignes non retouchées tentent de montrer l’ambiance.
« Du col de Cruzous, la descente est courte mais sévère, sur des pâturages ras et glissants. C'est alors que de tous les coins de la montagne invisible coulent vers moi des troupeaux de bêlements. Bientôt, les moutons m'encerclent, quémandant du sel, mais je les écarte en imitant l'énervement des chevaux. Il me faut remonter ensuite sur la crête par un sentier à droite. Une sente à vaches m'abandonne au dessus d'une vallée profonde que j'aperçois à travers un rideau de brume. La boussole me conseille d'y plonger, le topo guide d'accord avec l'altimètre me l'interdit. Je remonte la crête, espérant trouver le sentier menant aux sources de Marioles. Après avoir franchi un petit mammelon, je découvre une sorte de petit col d'où part le sentier indiqué. La boussole m'indique maintenant une traversée à flanc, beaucoup plus logique que le plongeon envisagé tout à l'heure. Les quelques mètres de sentier qui daignent apparaître sont dans la bonne direction. J'avance résolument vers l'inconnu, qui reste inconnaissable dans cette épaisse purée. Un bruit de torrent m'indique que je dois approcher de l'abondante source de Marioles. En effet, l'eau jaillit de la terre, terriblement froide. Je m'installe sur un bloc de rocher, au milieu du déversoir, pour casser la croûte. L'eau avalée me renseigne sur la longueur de mon oesophage !
En route ! Le sentier moutonne, et bientôt l'itinéraire me commande de l'abandonner pour ne pas me laisser tenter par le port de Marterat, un instant aperçu dans une déchirure du brouillard. Les pierriers prennent le relais. Mon prochain point de repère devrait être le ravin de la Hoque d'Enfer. Un nom à faire frémir, surtout quand vous êtes quasiment aveugle et que vous avez décidé de le rencontrer en tenant assez bas. Soudain, le sol disparait, c'est le ravin ! Je remonte au bord de cette gigantesque cassure à la recherche du passage signalé. Là, je peux faire le point. Les champs de pierres sont remplacés par des blocs de roches grisâtres, qui ne rendent pas facile le maintien d'une direction. Je décide de tenir haut pour rencontrer la muraille, qu'il me suffira de balayer vers le bas pour trouver le col permettant de la franchir. Mais dans cette purée, le moindre rocher se fait passer pour une montagne, et je dois contrôler chaque illusion avant de changer de cap. Le temps passe à approcher tous les rochers qui me paraissent imposants pour constater que ce n'est pas la muraille que je cherche. Celà pourrait être un jeu amusant avec quelques copains, mais la solitude ne m'incite pas à rire dans cet univers tourmenté.
Voici enfin un rocher plus large que les autres ! Un vrai mur que je longe quelques centaines de mètres pour aboutir à un col. Faisant comme si c'était le bon, je grimpe dans la direction conseillée par mon prédécesseur Georges Véron. Les énormes blocs de granit m'obligent à cheminer au mieux, tout en surveillant ma boussole. Il y a parfois des miracles pour les randonneurs: je tombe sur une cabane construite sous un rocher, point de repère inespérable qui garantit ma progression antérieure. J'affiche un nouveau cap sur la boussole et j'avance, forcé de l'oublier tout aussitôt par ce qui semble une série de lacs. Le vent, daignant balayer un instant le brouillard, me montre où je suis, et les lacs s'évanouissent en grosses flaques. Le pic du Milieu, flanqué de son col, m'attend. Je fonce vers lui, redoutant le retour de la purée.
Bientôt, je passe le col, trouve la deuxième cabane signalée sur le topo guide et cherche l'étang d'Alet. Inutile ! Le brouillard a tiré un épais rideau sur la vallée. A l'aveuglette maintenant, il s'agit de franchir un éperon vers 2340 mètres. Vive l'altimètre et merci aux ouvriers consciencieux qui l'ont fabriqué ! Je franchis l'éperon. Mais je ne parviens pas à descendre vers des laquets invisibles à l'Est. Je retrouve les mauvaises sensations de l'acrobatie sans filet. Finalement, sur ma gauche, je trouve le passage. Me voici enfin au bas de l'éperon, à la recherche du déversoir du plus grand laquet. Je patrouille vers les bruits d'eau, contourne chaque laquet rencontré pour les comparer mentalement. Un déversoir énergique me fait penser qu'il s'agit de celui que je cherche. Aussitôt, je pars à la recherche des falaises du Campet, espérant que les ariégeois n'attribuent pas ce nom à la légère. Voici une muraille qu'il me faut longer en descendant pour, en principe, trouver une sorte de col vers 1830 mètres, qui se trouve à proximité de l'étang de la Hilette. La pente est assez raide, le terrain mi pierreux mi herbeux est glissant. Pour avoir mal surveillé l'endroit où je posais mon pied, je pique une tête dans un bouquet de rhododendrons. C'est un utile rappel à la prudence, que, malgré mon inquiètude, je reçois cinq sur cinq. L'altimètre m'avertit que je devrais déjà avoir trouvé le col. Alors, je décide de monter jusqu'à la crête pour tenter de descendre sur l'autre versant, où doit se cacher l'étang de la Hilette. Pourvu que le terrain soit praticable ! Je grimpe dans les rhododendrons vers une crête qui se cache et se fait attendre.
Fin de la grimpette, mais le brouillard cache tout le paysage. Et dire que Catherine est peut-être proche, puisqu'elle devait venir passer la nuit dans ce site réputé. Je n'ose pas crier, de peur de faire croire à l'accident et aussi d'avoir recours à cette ultime ressource du désespoir. Un trés léger et fugitif éclaircissement du brouillard m'a suffi pour repérer la surface de l'étang. Une bouffée de joie m'envahit. En piste pour le déversoir ! "C'est presque gagné", me répète une voix intérieure. Soudain, naît du brouillard un couple de pêcheurs montagnards, qui viennent passer la journée au bord de l'étang...de la Hilette ! Ils me confirment la proximité de la cabane, ce qui me détend complètement. Eux aussi voudraient faire quelques étapes de la Haute Randonnée Pyrénéenne. Avant de me quitter, en guise d'au revoir, ils m'offrent une plaque de beurre et deux tomates, geste fraternel qui embellit ma traversée. Le brouillard les avale et je finis d'arriver à la cabane. »
Pour Georges Véron, cette réussite était la marque d’une maturité montagnarde indéniable « Réaliser pour la première fois l’étape Salau-La Hillette en plein brouillard est une performance qui n’est pas à la portée du premier montagnard venu ! » Mais les compliments doivent vous effleurer et non vous pénétrer. Sachant tout ce que je devais à la chance, en raison de mon inexpérience relative de la randonnée, de la navigation, et de la marche en solitaire, je crois que l’appréciation du grand sarthois visait indirectement à dissuader, avec raison, les néophytes de s’engager sur ce parcours par mauvaises conditions Météo. Or, j’étais, à l’époque, plus entêté que volontaire en ne renonçant pas, preuve par excellence d’immaturité.


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MessagePosté: 28 Jan 2021 14:06 
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Bourdon a écrit:
Salau – Etang de la Hillette
par le col de Cruzous et le port de Marterat.

Dans ses topos, en préambule de sa 31ème étape, Georges Véron écrit « Etape longue, pénible, presque toujours hors sentier et par suite très difficile à réussir quand le temps n’est pas favorable. La variante Salau-Noarre est plus courte et nettement plus aisée »

:hello: :hello:
Salau....c'est l'Ariège profonde....fidèle à elle même...
donc nous avons eu le même temps....
(et d'ailleurs j'ai vu que Ludo :hello: qui a fait la même chose que nous mais en sens inverse... a lui aussi bénéficié de la même chance :mrgreen: )
et faut croire que c'est quand même une constante...
medinenko a écrit:
Salut Ludo :hello: , ça fait plaisir de te relire
Oui, ça me rappelle très bien cette magnifique journée pluvieuse de juillet 2014 :mrgreen:
Deux fois que je passe à Marterat, deux fois la purée de pois


on part dans le brouillard...épais jusqu'au col de cruzous...ou ça continue tout pareil...
ensuite un peu avant la cabane de Marterat on voit sur un caillou l'inscription en rouge B.R qui veut dire bonrepos qui indique un peu par où il faut partir pour la Hilette...
avec cette purée de pois ça ne fait pas beaucoup envie....surtout quand on se souvient comme nous d'avoir particulièrement galéré sur un retour du certescans et du Montabonne sous le pic du milieu où l'on s'est retrouvé en pleine nuit....et où retrouver le sentier de l'étang d'alet à la lueur d'une frontale en fin de vie c'est avéré une performance...

La...nous on passe à la cabane du marterat avant le col éponyme....et le miracle souvent renouvelé...
du passage de la frontière le soleil est coté espagnol un peu en contrebas...
pas question d'aller à Noarre...
à l'estany del port on coupe comme on l'avait prévu...et comme le temps nous permet de le faire....on va chercher à atteindre l'estanyol de flamisella puis l'estany éponyme et de là il ne reste plus qu'à rejoindre le sentier normal du col de certescans et à atteindre le refuge éponyme...où l'on avait réservé...
notre plus longue étape réalisée...environ 11 heures...
On n'a pas à attendre longtemps le repas....il se trouve que la veille à Salau pas de restauration...on n'a donc pas beaucoup mangé...
et là en bout de table....même si on est plutôt fluets....on va systématiquement vider tous les plats....preuve s'il en est qu'on a bien puisé dans les réserves... :mrgreen:


Dernière édition par dinosaure le 29 Jan 2021 12:12, édité 1 fois.

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