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MessagePosté: 16 Déc 2020 10:13 
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Jean-Robert a écrit:
...au début de son initiation aux Pyrénées il reconnaissait qu'il considérait celles-ci comme un stade ( il avait été champion d'athlétisme ) . Ensuite Ribas a dû être pour beaucoup dans son changement d'approche ...

:hello: Bonjour Jean-Robert
Je pense aussi que Joseph Ribas a dû exercer une forte influence sur la pratique montagnarde de Georges Véron, d'autant qu'il lui avait fourni l'idée de la HRP.
Mais, en se fondant sur les premières présentations de la HRP par G.Véron, on peut voir que sa formation en biologie le prédisposait à une relation à la montagne moins réductrice que le rapport purement sportif.
Ce ne sont pas les admirateurs et les photographes de la flore, de la faune, des paysages pyrénéens qui me reprocheront ma réserve sur l'approche sportive.
:drapeaublanc:


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MessagePosté: 16 Déc 2020 12:32 
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Bourdon a écrit:
Jean-Robert a écrit:
...au début de son initiation aux Pyrénées il reconnaissait qu'il considérait celles-ci comme un stade ( il avait été champion d'athlétisme ) . Ensuite Ribas a dû être pour beaucoup dans son changement d'approche ...

:hello: Bonjour Jean-Robert
Je pense aussi que Joseph Ribas a dû exercer une forte influence sur la pratique montagnarde de Georges Véron, d'autant qu'il lui avait fourni l'idée de la HRP.
Mais, en se fondant sur les premières présentations de la HRP par G.Véron, on peut voir que sa formation en biologie le prédisposait à une relation à la montagne moins réductrice que le rapport purement sportif.
Ce ne sont pas les admirateurs et les photographes de la flore, de la faune, des paysages pyrénéens qui me reprocheront ma réserve sur l'approche sportive.
:drapeaublanc:



Bonjour Claude :hello:
Tu connais bien mieux que moi Georges Véron et je te crois bien volontiers ; je m'étais appuyé sur cette remarque de Véron :
" Joseph Ribas , le poète qui voit plus loin que l'horizon , comprit avant moi l'intérêt d'un itinéraire de haute randonnée traversant les Pyrénées . Le sportif égoïste et orgueilleux que j'étais ne voyant que l'exploit , le record..."

De toute façon ce qui est important c'est qu'au delà de ces échanges , c'est que l'on parle de Georges Véron et du cousin Jo !

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" quand la montagne vous a pris votre âme , tout vient d'elle et tout vous ramène à elle "
Franz Schrader

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MessagePosté: 31 Déc 2020 21:32 
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Jean-Robert a écrit:
De toute façon ce qui est important c'est qu'au delà de ces échanges , c'est que l'on parle de Georges Véron et du cousin Jo !

:hello: Bonsoir Jean-Robert,
A partir de nos souvenirs forgés dans les pas du grand sarthois, qui nous a offert sa Haute Randonnée Pyrénéenne, peut-être pourrions-nous, à plusieurs voix, illustrer son oeuvre avec, pour chaque étape, quelques anecdotes, quelques images, quelques remarques, suggestions, commentaires ?


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MessagePosté: 02 Jan 2021 12:42 
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La première étape de la HRP d'Ouest en Est n'a pas le caractère montagnard de celle d'Est en Ouest partant du Cap Cerbère.
Pour se convaincre de la continuité des Pyrénées, on peut partir des Jumeaux, avant de longer la plage d'Hendaye jusqu'au Casino. De fait, le grignotage urbain des premières collines basques masque les Pyrénées jusqu'au charmant village de Biriatou.
En parcourant ce prologue de nuit, les jambes déchiffrent mieux ce relief bosselé, la tête s'affranchit plus facilement de cette ville côtière tentaculaire.
Gravir le Choldocogagna, au lieu de rejoindre à flanc le col d'Ossin, permet de jouir d'un panorama nocturne plus vaste, tout en regrettant hypocritement le gaspillage d'éclairage public de la cité balnéaire.
La marche de nuit, qui ne manque pas de charme, gomme judicieusement l'abcès commercial du col d'Ibardin, confère à la Rhune l'allure d'un pic élancé...et désert. En cas de brouillard, l'énergique balisage pour quitter son sommet a ôté à la borne frontière 27 sa fonction de verrou de l'itinéraire. Quand vous la rencontrerez, pensez aux cauchemars qu'elle a engendrés chez les anciens, paumés dans la purée !
S'il fait beau, saisissez votre chance pour faire le point, admirez tous les bleus de l'océan, tous les verts de la terre basque et les notes rouges et blanches de ses maisons. Par temps de brouillard ou de pluie, saluez le sens du partage de l'humidité dont font preuve les fougères locales et souvenez-vous, en rejoignant le col de Lizuniaga, que ni l'homme ni la femme ne sont solubles dans l'eau.


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MessagePosté: 02 Jan 2021 18:18 
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Bourdon a écrit:
Jean-Robert a écrit:
De toute façon ce qui est important c'est qu'au delà de ces échanges , c'est que l'on parle de Georges Véron et du cousin Jo !

:hello: Bonsoir Jean-Robert,
A partir de nos souvenirs forgés dans les pas du grand sarthois, qui nous a offert sa Haute Randonnée Pyrénéenne, peut-être pourrions-nous, à plusieurs voix, illustrer son oeuvre avec, pour chaque étape, quelques anecdotes, quelques images, quelques remarques, suggestions, commentaires ?



:hello: bonsoir Claude
bien sûr pour ta proposition ; si je peux être présent à la soirée au gîte de Mounicou , je propose des anecdotes concernant Georges Véron dans ce gîte qu'il affectionnait et qui était en quelque sorte un de ses ports d'attache préférés de la traversée .
Bonne Année 2021 à toi et à tous les montagnards !

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MessagePosté: 02 Jan 2021 19:49 
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Jean-Robert a écrit:
:hello: bonsoir Claude
bien sûr pour ta proposition ; si je peux être présent à la soirée au gîte de Mounicou , je propose des anecdotes concernant Georges Véron dans ce gîte qu'il affectionnait et qui était en quelque sorte un de ses ports d'attache préférés de la traversée .
Bonne Année 2021 à toi et à tous les montagnards !

:hello: Belle fête en perspective ! Les pseudos ne s'en remettront pas ! Bravo encore pour ta fidélité au grand sarthois. Que l'année nouvelle t'apporte, nous apporte à tous une meilleure forme !


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MessagePosté: 03 Jan 2021 20:50 
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Parmi les variantes de la seconde étape, l'itinéraire qui franchit la crête de l'Ibantelli pour rejoindre le col de Lizarietta, puis le col d'Otxondo par les cols d'Esquisarroy, d'Atchuela, et le sommet de l'Alcurrunz n'est pas le plus facile à suivre, mais il offre par beau temps des vues splendides sur l'immense moutonnement des collines basques.
Pour un marcheur d'horizons, parcourir avec le soleil cette montagne verdoyante est un enchantement sans cesse renouvelé, mais aussi l'expérience d'une navigation exigeante, d'un climat changeant, d'un cheminement varié sur terrain parfois raboteux et glissant.
Il est vivement déconseillé de sous-estimer cette montagne d'altitude moyenne, car elle a plus d'un tour dans son sac pour dégonfler les égos passagèrement ou chroniquement surdimensionnés. Qui s'y frotte s'y pique !
Peut-être aurez-vous la surprise en grimpant l'Alcurrunz d'entendre, quelque part sous vos pieds, des bêlements profonds. Il ne s'agit pas d'une espèce rare de taupes basques, ni d'hallucinations auditives provoquées par une allergie aux fougères, mais bien de moutons locaux s'étant emparés d'anciennes fortifications souterraines pour jouir tranquillement de leur fraîcheur.


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MessagePosté: 04 Jan 2021 11:18 
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Quand on se trouve au col Otxondo, on a le choix entre descendre jusqu'au village français de Bidarray (70m) pour, le lendemain, parcourir avec le GR10, sans brouillard, les magnifiques crêtes d'Iparla, ou rester en Espagne, atteindre le Gorramendi par une interminable petite route en balcon, puis franchir le col Méaca et rejoindre les crêtes d'Ispéguy en longeant le flanc du Buztenzelay.
A l'époque, lorsqu'on choisissait l'itinéraire du Gorramendi, support involontaire de gigantesques radars américains contrôlant l'Atlantique, Georges Véron conseillait de s'approcher franchement des sentinelles espagnoles et de demander poliment la permission d'emprunter la route militaire jusqu'à l'embranchement de la piste menant au col Méaca, pour cause de traversée pédestre des Pyrénées, en exhibant pièces d'identité, cartes de membres du club alpin français, autorisations de franchissement de frontière en haute montagne, farcies du plus grand nombre de tampons possibles.
Etions-nous moins diplomates que notre illustre prédécesseur, ou plus suspects, en raison de nos énormes sacs de potentiels dynamiteurs, toujours est-il que par deux fois nous nous sommes fait refouler vers un mauvais sentier en contre-bas, qui nous a rapidement abandonné au milieu d'énormes pierriers camouflés sous une profusion de fougères, rendant cauchemardesque la recherche du col Méaca.
Ce serait injuste de présenter cette variante sans mentionner les splendides crêtes aériennes d'Ispéguy, où, pour l'anecdote, j'ai croisé au dessus du col d'Aintziaga un tel assoiffé de montagne, qu'il se propulsait sur une sente raboteuse avec des béquilles, une jambe dans le plâtre !


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MessagePosté: 05 Jan 2021 08:13 
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Bonjour et merci pour cet hommage à G. Véron qui a accompagné les pas de bon nombre d'entre nous, ces deux ou trois dernières décennies. Un pionnier, doublé d'une résistance...et d'un sens de l'humour à toute épreuve!
J'avais utilisé ligne à ligne son ouvrage sur la HRP pour la partie basque en 1992-, ... mais nous l'avions effectuée dans l'autre sens:
http://euskalmendiak.blogspot.com/2008/02/hrp-bask.html
Sur cette portion, n'oublions pas la contribution importante de Ch Etchepare, fidèle compagnon du Sarthois.

Concernant le col Meaka, je vois que je ne suis pas le seul à avoir galéré dans le coin :aille: , même si ce fut souvent dans le brouillard. Il y a hélas depuis quelques années une horrible piste au sud (confirme-tu Eric? ;) ) qui casse le mythe, mais en bas c'est toujours un peu galère.
Il y a (déjà :pasdrole: ) presque 10 ans, nous avions exploré non loin de là les profondeurs d'Urrizate (sans trouver d'or!! :happy1: ) avec les légendaires dino et eyra:
http://euskalmendiak.blogspot.com/2011/ ... izate.html

:hello:
Lagrole


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MessagePosté: 05 Jan 2021 10:38 
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lagrole a écrit:
...Sur cette portion, n'oublions pas la contribution importante de Ch Etchepare, fidèle compagnon du Sarthois...

:hello: Entièrement d'accord ! Charles Etchepare, outre son rôle éminent dans la création du GR10, a été le véritable pilier de Georges Véron pour la reconnaissance, le tracé, le minutage de la partie basque de la HRP. Pour avoir été accueilli chez lui avec Véron, je garde le souvenir d'un solide et profond montagnard, merveilleusement passionné par son pays.


Dernière édition par Bourdon le 08 Jan 2021 19:18, édité 1 fois.

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MessagePosté: 05 Jan 2021 10:47 
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Quand vous marchez de nuit à la lumière de votre lampe frontale et que vous entendez tirer, pas très loin de vous, à l’arme de guerre, votre premier réflexe commande d’éteindre la lampe, puis vous ravisant, vous regrettez de vous être comporté comme un coupable. Quand vous rallumez, les tirs reprenant, vous éteignez pour de bon et déguerpissez. Cette expérience, au temps de la dictature franquiste, pèse lourd dans la tête du marcheur qui veut, à l’époque, quitter très tôt le col d’Ispéguy par le sentier espagnol, pressé d’atteindre la crête au dessus du col d’Elhorietta. Il existe bien une variante française, serpentant en balcon dans une jolie forêt, que nous négligeons car maître Georges l’a considérée comme solution de secours par trop mauvais temps. Et donc, nous jouons les ombres silencieuses au dessus du poste frontière espagnol.
C’est alors qu’un cri sauvage déchire le silence, nous glace l’échine, fait bondir nos coeurs : premier contact avec le lynx pyrénéen !
Nous voilà complètement réveillés, tandis que l’aube s’étouffe dans un brouillard qui nous vole tout le paysage jusqu’à nos pieds. Nous sommes quelque part dans les parages du col d’Elhorietta, dans un pré plus qu’humide à la recherche d’une lisière de forêt.
Bref, le brouillard nous pourrit la vie, puis viendront les fougères en pleurs, les pierres traitresses, les bornes frontières qui se cachent… Hé oui ! Traverser par tout temps est plus facile à écrire qu’à vivre ! Nous apprenons, en rechignant beaucoup, à faire avec. Et ce que nous perdons en suffisance, nous le gagnons en expérience.
Le brouillard nous met à l’épreuve, certes, mais nous récompense aussi par l’ambiance mystérieuse qu’il crée et les apparitions fascinantes qu’il permet.
Parvenus au village des Aldudes, après de nombreuses péripéties et autant d’émotions fortes, nous sommes soulagés, sans bien réaliser encore que nous avons un peu mûri.
Plus tard, nous comprendrons que ce ne sont pas les conditions extérieures qui sont à mettre en cause mais notre façon inadaptée d'y réagir.


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MessagePosté: 05 Jan 2021 13:04 
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Des Aldudes, rejoindre le col d’Arnostéguy au pied de l’Urculu couronné en passant par la Redoute de Lindux et l’historique col de Roncevaux, renouvelle les plaisirs de la marche. Ceux qui croient encore au mythe des douces collines basques vont devoir tirer dans leurs jambes, dès le début en quittant le village, puis plus tard après le col de Méharroztégui, enfin en montant la Redoute de Lindux. Et si cela ne suffit pas à les convaincre, ils peuvent compléter le menu en grimpant directement au sommet de l’Urculu. Certes, les montées sont relativement courtes mais parfois sévères et l’on découvre assez vite que les dénivellés s’additionnent.
Par beau temps, ces Pyrénées sont un enchantement quasi permanent pour le regard. Par mauvais temps, on n’oubliera pas que même l’intrépide sarthois conseille d’utiles échappatoires.
Enfin une anecdote, datant de 1974, partagée avec Georges Véron, rencontré miraculeusement trois semaines plus tard au refuge de l’Ull de Ter :
... « A partir de maintenant, l'itinéraire nous apparaît limpide, même si les jambes commencent à s'alourdir de fatigue. Le brouillard redescend vers nos têtes. Voici le col de Burdincurutch, qui annonce vingt minutes de dure montée pour atteindre la redoute de Lindux. Les jambes sont de plus en plus lourdes.
Un appel nous fait découvrir trois guardias civiles en train de festoyer. Les casquettes recoiffent les têtes, les armes apparaissent. Nous approchons pour la corvée des vérifications d'identité sous le regard soupçonneux des soldats. L'un d'eux nous demande où nous allons. Réponse tranquille: Au col de Roncevaux - Pas possible, rétorque celui qui nous a interpellé. - Mais nous avons des papiers, un permis ! Je pose mon sac et l'ouvre, provoquant le recul précipité des soldats. Les papiers d'identité, cartes du Club Alpin Français, autorisations de franchissement de frontière en haute montagne sont entre les mains de celui qui paraît le chef. Nous attendons la décision, relativement confiants, vivant avec le préjugé que les autorités espagnoles s'en laissent facilement mettre plein la vue par les tampons officiels. Surprise ! Les guardias civiles s'apprêtent à nous rendre nos papiers en nous refusant le passage. D'après eux, nos autorisations ne valent rien parce qu'elles ne portent pas de cachet espagnol et que nous ne sommes pas en haute montagne. Ils nous invitent à retourner sur nos pas. Pas question ! J'emploie toutes les ressources de mon pauvre vocabulaire espagnol pour expliquer qu'il existe un traité de réciprocité entre la France et l'Espagne pour la circulation des montagnards à travers la frontière, que nous ne sommes pas des contrebandiers, qu'ils peuvent fouiller nos sacs, que nos ravitailleurs nous attendent à Roncevaux. En pure perte ! Nos laissez-passer font grise mine dans leurs mains. C'est trop idiot d'échouer si près du but ! Enfin, un argument, lâché en désespoir de cause, finit par porter: Nous n'avons plus rien à manger, ceci est presque vrai, et nous sommes fatigués, celà n'a jamais été aussi vrai de la journée. Les trois hommes sont embarrassés, puis brusquement, ils se décident à nous laisser passer: Filez ! C'est peut-être la mauvaise conscience de leurs estomacs pleins qui a parlé !
On ne se fait pas prier pour obéir... Cinquante mètres au dessus de nous, le monde du brouillard nous tend les bras. Nous grimpons à tout allure, en nous séparant pour faire une cible moins tentante. Tout essoufflés, nous atteignons la Redoute de Lindux. La fatigue s'est évanouie, mais pas la faim ni la soif ! Nous mettons encore quelques centaines de mètres entre nous et les soldats espagnols, au cas où ils se raviseraient, puis nous avalons nos dernières provisions. »...


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MessagePosté: 06 Jan 2021 19:52 
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Traverser le vaste territoire pastoral au sol souvent raboteux à partir du col d’Arnostéguy jusqu’au col d’Iraty en passant par les cols d’Orgambidé et d’Errozaté, le pic d’Errozaté, les cols de Sourzay de Burdincurutcheta, de Burquidoy, le pic des Escaliers, exige de bonnes jambes, des pieds résistants, de robustes articulations et de solides capacités de navigation en montagne.
Par beau temps, les paysages sont enchanteurs, parfois même effarants de beauté, comme au sommet du pic Errozaté. Par mauvais temps, il vaudra mieux sacrifier l’élégance de l’itinéraire et se rabattre sur un cheminement plus sûr, comme le recommande l’ami Véron, après un travail titanesque de reconnaissance sur le terrain et la collecte d’avis des gens du coin.
A mon tour de saluer la précieuse contribution des bergers à nos randonnées.
Il fut un temps, pas si lointain, où, rituellement, nous emportions dans nos sacs à dos un paquet de café pour l’offrir au berger local, sachant son isolement et conscients d’entrer dans son territoire. Une manière d’excuse pour le dérangement, les aboiements des chiens, le trouble du troupeau.
Quand, dans la purée la plus épaisse, surgissait la silhouette d’un berger assis sur le sentier, à l’abri de son parapluie géant, chacun s’étonnant de la présence de l’autre, on n’oublierait plus cette rencontre, croisement fraternel de deux solitudes. C’est ainsi que j’ai appris que des bergers expérimentés s’égaraient parfois dans le brouillard en des lieux qu’ils connaissaient mieux que personne. Leçon d’humilité.
C’est à un berger que je dois mon premier bâton de marche et son mode d’emploi. Ce sont d’autres bergers qui m’ont remis dans la bonne direction à des moments parfois critiques. C’est encore un berger qui, m’ayant vu monter très rapidement une forte et longue pente herbeuse, m’a gentiment interpelé au retour, m’offrant discrètement la meilleure leçon de marche de ma vie. Ce monsieur de plus de 80 ans, bon pied bon œil, affable et direct parlait ainsi : « Je vous ai regardé monter en me disant que vous alliez caler avant le couloir, j’ai vu que non, et puis je vous ai vu descendre, alors je me permets de vous dire d’économiser vos genoux, car c’est par eux que l’on part ... » avant d’ajouter finement « La montagne est plus solide que nous ! ». A l’époque, je l’avais remercié sobrement, aujourd’hui, je lui lève mon chapeau !
Dernière anecdote accrochée à ces lieux, lors d’une reconnaissance d’étape, sur le flanc Ouest du Saroberry. Un troupeau de moutons trottine vers la piste que je suis, au bord d’un ravin, et je vois le berger accourir au loin, craignant visiblement que je pousse le troupeau vers la catastrophe. Son chien aux ordres reste en arrière. Je lève un bras pour le rassurer, tout en continuant de marcher. L’homme ne s’attendait pas à ce que ses bêtes s’arrêtent et se mettent à brouter, sans daigner lever la tête à mon passage ; à son tour, il lève une main soulagée en guise de salutation et de gratitude. Comment aurait-il pu deviner mon secret pour rassurer les moutons !


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MessagePosté: 07 Jan 2021 12:10 
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Atteindre le col Uthu depuis le col Bagargui, en passant par le pic d’Orhy, le port de Larrau, la crête frontière reliant les sommets de l’Atchourterrigagna, du Betzulagagna, du Gastarrigagna permet de sentir les Pyrénées se cabrer. Les noms de lieux sont irréfutablement basques et ne parlent vraiment qu’aux basques de souche.
On peut apprécier la montagne basque pour elle -même, mais c’est au prix d’une sauvage réduction culturelle, car elle nous dit trop peu de la vie de ce pays et de ses habitants. En élargissant cette remarque, on devient pyrénéiste à la manière de Béraldi.
Du col de Tharta, gravir la crête jalonnée de postes palombières de l’Aloupegnia, c’était à l’époque emprunter le chemin jonché de milliers de cartouches bleues et rouges, abandonnées par notaires, médecins et riches bordelais, locataires à prix d’or de ces lieux, venus mitrailler à volonté les nombreuses palombes quittant le territoire clandestinement.
Après avoir franchi le sommet du Zazpigagn, la crête aérienne s’amincit au point de devenir périlleuse pour les randonneurs lourdement chargés ou insuffisamment expérimentés, qui seront bien inspirés de ne pas insister et de décrocher côté français avant de reprendre pied versant espagnol du pic d’Orhy.
Au sommet de ce premier 2000, depuis l’Océan Atlantique, le panorama est saisissant, le regard s’empare des Pyrénées et de son piémont sans souci de frontière, cent kilomètres à la ronde. La descente de ce majestueux belvédère est raide, particulièrement éprouvante pour les articulations des jambes, dangereuse par brouillard dense, surtout si l’on tire trop à gauche vers le versant français.
La suite du parcours de crête jusqu’au col Uthu n’offre aucune difficulté par beau temps : on monte, on decend, on remonte, on redescend...sur de vastes pâturages peu confortables. On évitera sur la lancée de gravir l’Otchogorrigagna, qu’il faut contourner à flanc pour débarquer au col Uthu.
Pour l’anecdote, cet extrait de ma traversée de 1974
« J'atterris enfin sur l'immense parking goudronné du port de Larrau où un vent glacé et violent m'invite à ne pas séjourner. Pas de trace des ravitailleurs, mais j'ai plus de deux heures d'avance sur notre rendez-vous.
J'essaie de trouver refuge dans une palombière, mais je dois très vite battre en retraite, les yeux remplis de terre arrachée par le vent aux mottes des murs. Voici une construction plus sérieuse, en grosses pierres, dans l'axe du parking. J'enfile tous les vêtements disponibles, ce qui ne suffit pas à barrer la route au froid. Je couvre le mur avec une toile en nylon qui, malgré des blocages de fortune, menace de s'envoler à tout moment. Et là, dans le froid pénétrant, la brume, le vent, les claquements de la toile, je médite sur la condition des alpinistes naufragés. Les fesses et le dos meurtris par des pierres, recroquevillé sur moi-même, secoué de tremblements et claquant des dents, j'attends le sauvetage.
Je me vide de volonté comme les pierres qui m'entourent, j'endure les éléments hostiles. Au fil des heures, je me demande si un accident de circulation n'aurait pas cloué mes ravitailleurs sur quelque route basque. Mais je reste immobile, avec une seule idée: tenir ! Le vent hurlant tente de saper ma résistance, joue à imiter le bruit de moteurs qui n'arrivent jamais.
Enfin, voici ces amis qui surviennent dans ce décor hallucinant. Une silhouette boitillante leur apparaît, qui leur fait craindre l'accident. C'est qu'ils sont accérés les gravillons quand on marche en chaussettes ! »

Merci, Georges Véron, pour ces souvenirs qui ne vieillissent pas !


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MessagePosté: 08 Jan 2021 19:08 
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Du col Uthu, l’itinéraire passe par le port de Belhay, les cols de Bimbalette et d’Ourtayte pour atteindre le refuge de Belagua. Le rocher s’affirme de plus en plus nettement même si l’altitude reste sous la barre des 2000 mètres : la crête du Chardekagagna n’a plus rien d’une aimable colline !
Pour affiner notre navigation faiblarde, nous sommes venus au moins huit fois dans ces lieux vigoureux. Ce qu’écrivait Georges Véron dans ses notes, précédant la première édition de sa HRP, a fini par nous apparaître lumineux après un nombre inavouable d’erreurs d’interprétation, notamment de son replat herbeux après le col Uthu. Lire le texte, même attentivement, n’exonère pas de consulter la carte, longtemps considérée comme un rébus ! Je nous revois en 1972, chargés comme des mules, monter pleine pente vers l’hypothétique port de Belhay, croiser un berger, lui demander de confirmer notre direction. Belagua ! Et le berger d’élever son bâton en tournant de 30°, 45°, 60°,90°,120°. Quand va t’il cesser de pivoter ? 150°. C’est pas vrai ! Et il continue ! 180°. Un coup de massue sur notre moral. Il faut nous rendre à l’évidence, depuis plus d’une heure, nous foncions à l’opposé du port de Belhay.
Nous avons, par la suite, en partie corrigé cette erreur mais en nous obstinant à descendre au fond de la cuvette herbeuse pour grimper directement au port de Belhay. Enfin, après une ultime reconnaissance de terrain, nous avons trouvé le cheminement limpide qui permet élégamment de s’élever en écharpe dans la bonne direction.
Ceci dit, le port de Belhay ouvre sur un paysage grandiose où la montagne rocheuse domine les herbages. Tout près, à vol d’oiseau, le pic d’Anie, majestueuse vigie blonde dans son océan de pierres, marque son territoire béarnais.
Au col d’Ourtayte, qui domine les célèbres gorges de Kakoueta, un magnifique taureau nous barre le sentier et veut nous prouver qu'il est le maître de l'important troupeau de vaches occupant tout le col. Un contournement prudent s'impose, le regard en biais pour surveiller le seigneur de ces lieux. Nous adoptons l'attitude la plus humble qui soit, et, l'oreille tendue prête à déceler une charge, les jambes au bord du galop, nous passons dans l'indifférence des bovidés. Plusieurs soupirs de soulagement avant de rencontrer le poste frontière espagnol.
Ces successions de craintes et de joies, de doutes et d’espoir, de familiarités et d’imprévus, d’émotions et de sérénité se renforcent les unes les autres et nous modèlent, nous sculptent intérieurement, avec ou sans ménagement.


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elizabeth

21

11499

27 Sep 2013 07:28

elizabeth Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. 100 SOMMETS DIVERS AUTEURS (VERON AUDOUBERT RECORD and Co)

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dinosaure

31

21067

01 Mai 2010 08:40

dinosaure Voir le dernier message

Aucun nouveau message non-lu dans ce sujet. recherche liste des 100 sommets Véron 1ère édition

dinosaure

7

5685

30 Sep 2009 16:21

dinosaure Voir le dernier message



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