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MessagePosté: 18 Oct 2020 21:01 
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Au bas du glacier, mes compagnons de cordée sont en sécurité, quatre-vingt mètres sous moi qui les assurait depuis un rocher du Montferrat. Je leur abandonne la corde pour descendre en ramasse le névé très pentu. Il y a bien cette crevasse dans l'axe, mais largement le temps de l'éviter en prenant des carres avec le bord de mes chaussures armées.
C'est parti, un peu vite quand même, lorsque soudain ça accélère brutalement. La pique du piolet ripe sur la glace bleue, que dissimulait une fine couche de neige. Impossible de freiner ou de tourner. Comme un bolide, je fonce directement vers la crevasse. Il va falloir tenter de sauter, mais je ne parviens pas à rapprocher mes pieds, je suis trop allongé.
A deux mètres de la crevasse, la neige un peu plus épaisse me permet de braquer et d'éviter la chute. C'est passé de justesse.
Un peu trop d'audace, pas assez de prudence, la chance a compensé...pour cette fois !


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MessagePosté: 21 Oct 2020 17:11 
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medinenko a écrit:
Je trouve de l’eau un peu saumâtre dans un tout petit ruisseau (Sagasti), il fait une chaleur à crever. Je veux aller sur la Rhune mais en passant par la petite Rhune. Du coup, je suis d’abord une petite piste vers le NE pour ensuite monter sur un petit sommet nommé Aritzmendi par son flanc ouest. Première galère : aïe, aïe,aïe, des fougères et des ronces hautes de partout. Je ressors amoché de cette escapade avec les jambes en sang, quelle idée à la con.
(...)
Le sentier file vers l’Est puis bifurque au Nord. Je veux rejoindre le col 511, et décide, mouillé pour mouillé, d’aller au plus court et de ne plus suivre les traces : tout schuss dans les fougères. Erreur ! Je mettrai un très long moment pour sortir du bourbier et après m’être étalé 2 ou 3 fois de tout mon long dans ces « marécages », j’arrive tout crade au col avec beaucoup de chance car la navigation à la boussole était limite.
(...)
Je contourne ces parois comme je peux sans sentier du côté Ouest et je me retrouve sur la face Nord sur des pentes raides au beau milieu de fougères aussi hautes que moi. Où est le sommet ? D'après la carte, 100 m plus haut donc allons-y. Le principe est simple : j'écarte d'abord les fougères avec mes mains, je regarde ensuite à leurs pieds où je mets les miens car il y a plein de cailloux bien glissants et je monte d'un mètre. Je mets un temps fou pour arriver au sommet où je ne vois strictement rien et où il n'y a même pas un cairn. Encore une idée à la con.
A la descente versant Nord-Est, j'en ai marre et je me mets à courir au milieu de fougères moins hautes et me gamelle au moins 3 fois.
(...)
C’est ensuite un tout petit sentier bien boueux ( les pistes indiquées sur le Topo Espagne ne le sont pas toujours… des pistes) jusqu'à un croisement où je tourne à gauche (Larraldéa) en me fiant à la boussole. Mon but est d'arriver au col de Gorospil mais je me perds complètement. Après pas mal d’interrogations et de passages très boueux dans la forêt puis en dévers le long d’une cloture, mon alti m'indique enfin la bonne altitude : 650 m.
Problème : rien de coïncide avec la carte. Pas de croisement de pistes.
Je ne sais pas du tout où je suis. Ca ressemble à un col mais ce n’est pas celui de Gorospil :
(...)
Je lis trop vite la boussole et commence à marcher plus vite car j’en ai plein les baskets. Je ne m’aperçois pas que je file trop au Nord, descend ensuite trop bas et je me retrouve devant une batisse qui n’est pas la ferme Esteben comme je l’espère (ce sera en fait Jauriko Borda que je n'ai pas sur mon bout de carte photocopiée, celui-ci ne couvrant pas cette zone). J'ai l'intuition de devoir retourner vers l’Est mais cette direction est encombrée d'immenses fougères, ENCORE ! Rebelote, bataille contre ces monstroplantes aussi hautes que moi sous la pluie, je suis architrempé, il est 20 h, j'ai un peu le moral dans les chaussettes


Quelques sources d'inspiration supplémentaires !
Ce qui n'enlève rien aux qualités montagnardes reconnues et démontrées de l'auteur.


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MessagePosté: 25 Oct 2020 11:03 
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dinosaure a écrit:
moralité....rester concentré.....TOUJOURS concentré...

Ce conseil de Dino, plus simple à énoncer qu'à mettre en pratique, s'impose naturellement en escalade, mais sa pertinence apparait, hélas, moins clairement en randonnée réputée facile inclinant davantage au relâchement de l'attention. La rubrique "Erreurs en stock, une autre façon d'apprendre" illustre quelques dangers découlant de distractions diverses.
Garder un oeil sur le terrain, surveiller le ciel, écouter les bruits de pierres...permet d'éviter des désagréments ou de sérieux ennuis.
Appliqué à la traversée des Pyrénées, rester concentré, c'est aussi ne pas perdre de vue son niveau de vigilance que la fatigue émousse, ne pas raconter son aventure en cours ( ou seulement brièvement) pour ne pas détendre ses ressorts intérieurs, protéger autant que possible le rythme de vie particulier que l'on a découvert, source indispensable d'équilibre, rester calé sur ses propres fondamentaux de marcheur au long cours... et n'oublier jamais de ménager ses forces.


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MessagePosté: 27 Oct 2020 08:49 
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Eh bien, merci pour ces enrichissants témoignages, on se sent beaucoup, beaucoup moins seul ::d :ange:

Pour contribuer à ce fil, mon petit grain de sel qui ne s'apparente pas à une erreur, mais plutôt a de la stupidité pour ne pas dire débilité...
Février 2004, on vient de faire le Canigou en hivernale par la brèche durier et la cheminée, avec nuit aux cortalets. Sur le chemin du retour, le sac est très lourd, plus de 20 kilos avec crampons, piolets, raquettes etc
Ras le bol de la descente, dans le bois de patriques, je me mets à courir, comme je préparais un marathon à l'époque, je me suis dit que ça m'entraînerait 8| :nonon:
Ça n'a pas loupé, après trois virages, très grosses douleurs dans les deux genoux, et trois virages plus tard, genoux gros comme des melons, quel couillon...
Quelques temps après, opération des deux ménisques ( 75 pour cent en moins). Les mots du chirurgien : rando légère ou plus de rando? Choix facile...
6 semaines plus tard, sommet du Mont Blanc en équipement light.
Comme quoi, une connerie peut changer radicalement une pratique :hello:


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MessagePosté: 27 Oct 2020 11:40 
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Voici donc l'anecdote -quasi-historique- qui explique pourquoi Medinenko est devenu MUL... :mrgreen:


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MessagePosté: 27 Oct 2020 11:49 
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medinenko a écrit:
Eh bien, merci pour ces enrichissants témoignages, on se sent beaucoup, beaucoup moins seul ::d :ange:
Comme quoi, une connerie peut changer radicalement une pratique :hello:
Un peu aussi faire une grosse connerie,

Samedi 20/06/2020, c'est mon anniversaire, je pars en vallée d’Ossau pour aller gravir la Petite Arcizette, l’Arcizette Centrale et la Grande Arcizette (que j'ai déjà gravie).
Je démarre de bonne heure à la frontale du Pont de Goua, la météo est bonne et la forme est là. J'attaque la Petite Arcizette par le versant sud, c'est raide mais ça passe relativement bien et à 8h, je suis déjà en haut.
Direction l’Arcizette Centrale, je suis obligé de quitter assez vite l’arête pour descendre par le versant sud, c’est très exposé mais je suis concentré, j’arrive au col, j’attaque l’arête pour l’Arcizette Centrale, plus je me rapproche du but, plus c’est aérien et dangereux, il plane une (prémonitoire ?) odeur de poudre, j’arrive enfin au sommet à 10h.
La poursuite de l’arrête n’est pas envisageable, je fais donc demi-tour avec comme objectif la Grande Arcizette, je dois repasser avec beaucoup de concentration tous les passages dangereux.
Un peu plus loin, j’hésite entre, basculer versant nord par un couloir herbeux très raide et humide (afin de rejoindre l’itinéraire que j’ai déjà fait) ou descendre par le versant sud.
J’opte pour le soleil du versant sud, je descends un peu mais je ne veux pas trop perdre de dénivelée, alors je prends assez vite à gauche une vire faussement accueillante.
J’aperçois en contre-bas le plateau suspendu (côte 2017m) que je veux rejoindre mais, problème, je le surplombe d’une cinquantaine de mètres du haut d’une falaise verticale!
Je poursuis la vire qui devient extrêmement aérienne car j’aperçois au loin une cheminée.
Arrivé au-dessus de celle-ci, il reste une vingtaine de mètres ? pour rejoindre le plateau…
Je suis dans une voie sans issue car la vire est finie, je me pose un peu pour faire le point, descendre cette cheminée verticale sans corde ou revenir par la vire très dangereuse ?
Je m’engage dans la cheminée face à la paroi, pas de prises, ni pour les mains ni pour et les pieds, j’en ressort aussitôt, c’est chaud !
Je réfléchis encore une fois, je suis dans un situation de non-retour, revenir par cette vire ne m’inspire pas du tout et il y a ce plateau juste en dessous …
Je reviens dans la cheminée, pour me rassurer je me dis que j’ai déjà fait des « trucs » difficiles, de nouveau face à la paroi verticale, avec les pieds et mains sur quelques mm2, je n’ai pas le temps de me dire que c’est une folie, la lumière c’éteint d’un seul coup, je pars, dans le vide…
Dans cette fraction de seconde, je me dis que c’est fini… je me retrouve sur le plateau, la lumière c’est rallumé, je suis vivant, comment est-ce possible ?
Je me relève mais il y a quand même des dégâts, ma langue m’indique qu’une dent c’est envolé avec une lèvre explosée, tout mon côté gauche est sérieusement amoché et ma main gauche saigne abondamment.
Mon sac à dos m’a sauvé en faisant office d’airbag, je peux marcher et je rejoins un névé pour me mettre de la neige sur toutes mes blessures.
Le Pont de Goua est loin mais pas question d’appeler un hélicoptère, je dois absolument essayer de rejoindre au moins le GR10 et le plateau de Cézy.
Finalement, j’ai réussi à rejoindre ma voiture, je n’ai rien manger depuis l’aube, je suis en hypoglycémie…

Voilà, j’ai longtemps hésité à posté le détail de cette histoire, le bilan de cette journée c’est que maintenant j’ai peur, une bonne peur, celle qui m’a quand même permis de faire l’Escarra cet été…

viewtopic.php?f=8&t=17221

Gilles


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MessagePosté: 27 Oct 2020 13:05 
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Bonjour Gilles,
Oui, il faut un peu de courage pour raconter ce très grand moment de solitude sur le forum.
Oufff!!! c'est ce que tu as dû te dire à ce moment-là, en te promettant de ne plus jamais te remettre dans ce genre de situation.
J'ai connu un peu la même en descendant un couloir sans visibilité du côté des posets lors de ma hrp il y a deux ans. J'ai eu moins peur que toi car je ne suis pas tombé mais ça aurait pu finir pareil voire pire.
Bravo pour être reparti si vite sur les sentiers non battus pour nous faire part de tes enormes sorties.

A bientôt.


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MessagePosté: 27 Oct 2020 13:59 
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Oui c'est sur quand ça arrive ça fait drôle, on se croie intouchable mais comme dit le dicton : ça n'arrive pas qu'aux autres.

Moi c'était sur l'arrête du Portillon d'Oo. Nous partons du refuge avec le Yoch par un temps superbe, on fait le tour du lac et on grimpe le névé jusqu'au col puis on continue jusqu'au sommet du Pic du Portillon d'Oo, super. On commence l'arrête, pas difficile mais très gazeux,on ne met pas la corde, le rocher est bon, la vue énorme, on se régale. A un moment il faut contourner un gros bloc, Alain passe sans pb, il s'agit d'enfourcher le bloc en posant un pied droit sur un petit replat et la main droite sur une toute petite prise puis ramener la jambe gauche et prendre une autre prise avec la main droite. Je ne sens pas bien le truc mais Alain est passé comme ça donc ça devrait le faire. Je commence je pose mon pied et ma main droite sur la petite prise mais au moment ou je ramène la jambe gauche je lâche la prise de ma main droite et là tout va très vite, je n'ai pas le temps de comprendre ce qui m'arrive que je me retrouve perché sur un tout petit rebord neigeux, debout .....
je regarde plus haut, j'ai dévalé sur une dizaine de mettre j'ai les bras tous pelés et la cheville droite en vrac. je regarde vers le bas.....c'est 300m de vide...comment j'ai atterri sur ce petit rebord je ne le sais toujours pas, on va dire que c'était pas mon jour. Alain m'envoie une corde et je remonte sur la crête, pffffff c'etait moins une. J'ai réussi a finir la crête puis a descendre 2000m de dénivelé avec une belle entorse de la cheville, ça restera mon plus bel exploit en montagne....bon nous avons mis plus de 6h pour arriver jusqu'aux granges d'Astau......

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MessagePosté: 22 Nov 2020 21:48 
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Puissent ces témoignages retenir l'attention de néophytes et augmenter leurs chances de cheminer longtemps, à moindre risque, dans nos chères Pyrénées.
Pour ma part, ces messages me font mieux mesurer la chance qui nous a souri, bien que, par la suite, nous ayons mieux travaillé à l'aider.


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